Rendez au Seigneur ce qui est au Seigneur
L’Évangile de ce dimanche prend la suite de l’Évangile de dimanche dernier, avec la parabole du Royaume de Dieu comparé à un repas de noce royal et débute une série de récits où on essaie de tendre un piège à Jésus pour pouvoir le faire condamner. Ici, les pharisiens sont hypocrites aussi parce qu’ils ont déjà répondu à la question posée : ils paient l’impôt à César. Jésus, sans se lasser, répond vraiment aux questions sans tomber dans les pièges. Les romains étaient perçus comme des envahisseurs, et considéraient l’empereur comme un dieu. Jésus invite à la fois à reconnaitre la réalité du pouvoir terrestre, et à ne pas transiger sur la nature terrestre de ce pouvoir : il est le seul Seigneur, il n’y en a pas d’autres.
Ce week-end, nous est proposé le début de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, le plus ancien écrit chrétien. Plus ancienne que les Évangiles, elle date d’une vingtaine d’années après la résurrection de Jésus. Nous entendons donc les plus anciennes formulations de la foi chrétienne. Et quelle richesse en cinq versets ! Nous entendons déjà les termes d’Église, de rendre grâce (eucharistein en grec), de foi, de charité et d’espérance. Paul nous dessine comme un chemin. Comme dans chacune de ces lettres, il commence par rendre grâce au Seigneur. C’est son attitude fondamentale, y compris quand les relations avec les communautés deviennent délicates voire conflictuelle. C’est ce que nous faisons chaque dimanche à la messe. Vivre en disciple du Christ, c’est d’abord rendre grâce au Seigneur ! Et comme Paul, discerner l’action de Dieu dans notre vie et dans la vie de la communauté. Ou si nous reprenons les mots mêmes de Jésus dans l’Évangile de dimanche : rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il pourrait être tentant de voir l’action de Dieu dans les « choses qui vont bien », dans des signes visibles de succès. Mais les Évangiles nous invitent à convertir notre regard, à ne pas juger selon les apparences.
Avançons encore dans cette lettre de Paul. Pour les fidèles de Thessalonique, l’annonce de l’Évangile n’est pas une simple parole mais action de l’Esprit Saint. Dès la création, la parole de Dieu est créatrice. Avec Dieu, il n’y a d’écart entre sa Parole et son agir. Dieu nous a choisi pour devenir ses fils et filles adoptifs, et nous le devenons réellement par le baptême. Il choisit de nous rendre participant à sa vie divine. Il nous aime depuis le commencement. Et l’Esprit Saint, circulation de l’amour entre le Père et Fils vient agir en nous. Suivre le Christ, c’est accueillir ce don d’amour en nous et le laisser transformer nos vies. Quand Bartimée, aveugle assis sur le bord de la route, accueille ce don d’amour, il peut jeter son manteau et se lever en bondissant vers Jésus. Suivre le Christ, c’est écouter sa Parole et la laisser résonner. Et cette Parole pourra prendre chair en nous par une « foi active », une « charité qui se donne de la peine » et une « espérance [qui] tient bon ».
Aude Corvaisier-Riche