« S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »
Nous voici en chemin vers la fête de la Toussaint. Et les textes de ce jour peuvent nous guider sur ce chemin de sainteté. Nous avons souvent de grandes et fausses images de sainteté, comme d’un super héros ou super-héroïne de la foi. Les Évangiles nous racontent pourtant une autre histoire. Pour Saint Paul, il y a comme un passage immédiat entre le baptême et être saint. Par le baptême reçu, nous sommes tous rendus participant à l’amour de Dieu, à la dignité de prêtre, prophète et roi du Christ.
Les textes de ce dimanche nous invitent à faire un pas de plus dans cette vie avec les Seigneur. Ce premier pas est de contempler le Seigneur, il est compatissant et nous aime et d’oser lui crier nos misères, nos larmes nos souffrances, nos doutes. Nous pouvons avoir confiance, il entend la misère de son peuple. Entrer dans ce cri est déjà entrer en relation et faire acte d’humilité. Jésus, sur la croix, crie vers le Père « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Dieu entend son cri. Le cri du Christ sur la croix est comme le cri du nouveau-né qui nait à une vie nouvelle. Je ne suis pas certaine qu’il soit facile de crier vers le Seigneur, car cela veut dire consentir au réel avec ses forces mais aussi toutes ses fragilités et les dévoiler au moins en partie. C’est accepter d’être dépassé par les évènements. C’est consentir à ce que d’autres crient vers le Seigneur leurs propres misères, même quand leurs cris deviennent assourdissants. Le Seigneur les écoutera et fera preuve de compassion pour eux, pour nous, pour tous ceux qui crient vers le Seigneur.
En ce sens, l’appel à la sainteté est d’abord une invitation à consentir au réel de notre vie dans ses forces et ses faiblesses et avoir confiance que le Seigneur nous aime tel que nous sommes. Comme pour les premiers disciples, il nous appelle à le suivre à partir du réel de notre vie et pas dans une vie que nous rêvons d’avoir.
L’appel à la sainteté est aussi un appel à la fraternité, à nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous aime. Dès les premières pages de la Genèse, nous perdront les illusions qui nous restaient : vivre la fraternité n’est pas un long fleuve tranquille, y compris quand l’autre est un proche. Sans la nommer, le texte d’Évangile nous invite à vivre une fraternité qui trouve sa source en l’amour que le Seigneur porte à chacun, et à l’image du Bon Samaritain, qui inclut, dans un regard d’amour, l’homme à demi-mort, le « pauvre ». Vivre une telle fraternité n’est pas un concept ou une idée vague, mais cela implique de s’engager résolument dans un être et une rencontre avec nos frères et sœurs en Christ ; de reconnaitre à chacun une égale dignité et de rechercher ce qu’il y a de meilleur pour lui. Cela commence par le dialogue : « se rapprocher, s’exprimer, s’écouter, se regarder, se connaître, essayer de se comprendre, chercher des points de contact. » Fratelli Tuti 198. Alors, grâce à l’Esprit Saint qui est lui-même circulation d’amour, un chemin de fraternité pourra se dessiner.
Aude Corvaisier-Riche