Edito du 19 septembre

La bonté du Seigneur est pour tous

Le Royaume des cieux est comparable à un maître qui embauche… Les premiers mots de l’Évangile nous prennent à contre-pied. Et ce n’est pas fini. Dans le monde du travail, nous ferions sans doute partie des ouvriers qui récriminent contre ce patron qui paie autant celui qui a commencé sa journée bien plus tard.

Jésus nous parle ici du Royaume de Dieu, non du monde du travail. Tous les textes de ce dimanche concourent à cela. Une bonne manière d’entrer dans les textes consiste à regarder ce qu’ils nous disent de Jésus, de Dieu. Ici, un point ressort, c’est la bonté de Dieu. Le verset du psaume « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » est considéré comme la définition de Dieu dans l’Ancien Testament. Le Seigneur est juste et fidèle. Ces qualificatifs de Dieu peuvent facilement trouver un écho en nous. Il est rassurant et réconfortant de se sentir aimé tels que nous sommes par le Seigneur. C’est le cœur de la foi. Pourtant les textes de ce dimanche nous invitent à faire un pas de plus, et sans doute même à nous laisser dérouter.

Je me souviens d’une rencontre de catéchumènes dans une précédente paroisse. À ma surprise, l’un d’eux trouvait injuste que l’ouvrier arrivé le dernier soit payé autant que les autres, qu’il « mérite » autant que lui. C’est justement cette logique, que Jésus vient casser. Attendre le Royaume, c’est ne plus chercher à savoir si nous sommes les ouvriers de la première ou de la cinquième heure. Dieu nous donne, non parce que nous le méritons, mais par pure bonté. Heureux sommes-nous lorsque nous nous réjouissons des largesses de Dieu envers nous, mais aussi envers les autres, y compris lorsque la relation avec eux est difficile ou blessante. Alors, le Royaume se fait proche de nous.

Dans le Royaume de Dieu, il n’y a ni pointeuse, ni  machine à calculer les mérites. Il y a ici un chemin de conversion, de quitter une manière de compter nos efforts, nos souffrances, nos mérites, … pour nous rassurer en pensant : « Avec ce que je fais, Dieu va m’aimer. » Nous pouvons aussi être tentés de croire qu’il serait juste que Dieu ne traite pas tout le monde de la même manière. Mais qui peut être certain d’être l’ouvrier de la première ou de la deuxième heure ? Jésus veut nous faire sortir de cette logique du mérite pour entrer dans une logique de l’amour et du don. L’amour de Dieu ne s’achète pas et ne se mérite pas : il est infini, sans mesure et fidèle. Il nous est donné gratuitement. Comme Dieu a donné son Fils, il nous envoie aujourd’hui l’Esprit Saint. La justice de Dieu, c’est qu’il aime chacun tel qu’il est avec ses forces et ses faiblesses, quoiqu’il ait fait.

C’est ce que je trouve particulièrement beau à Lourdes ou lors de messes en EHPAD. Alors que la société considère souvent ces personnes incapables quoique ce soit, quand nous célébrons la messe avec elles, c’est le Royaume de Dieu qui advient, c’est l’Église, Corps du Christ, qui grandit. Les derniers seront les premiers.                                                   Aude Corvaisier-Riche