Pardonne 7 fois 70 fois
Les textes de ce dimanche nous invitent clairement à écouter comment le Seigneur nous invite à entendre la Bonne Nouvelle du pardon. Pierre demande à Jésus, combien de fois, il doit pardonner et Jésus lui répond par une citation du livre de Daniel : « Soixante-dix semaines ont été fixées à ton peuple et à ta ville sainte, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour expier la faute et amener la justice éternelle » (Dn 9,24). Il déplace la demande de Pierre. Il ne s’agit donc pas d’abord de calculer le nombre de fois où nous pardonnons, mais davantage de casser le cycle des péchés et de la perversité pour faire advenir la justice. Et demander pardon et pardonner ne peuvent se faire en dehors d’un chemin de vérité et de justice, sinon le pardon pourrait devenir comme une sorte de machine à laver qui enlève sans cesse la tache qui revient sans cesse. Dans la continuité de la semaine dernière, la thématique, de lutter contre les péchés, les mauvaises actions nous invite à avoir confiance que le pardon peut être un bon soutien dans la lutte contre le mal.
Il nous faut faire un pas de plus. Le pardon auquel appelle le Christ prend sa source en Dieu, dans le pardon qu’il nous donne. Cela est souligné par l’utilisation du même verbe grec pour dire « pardonner » et « remettre » la dette. Et là, nous assistons à un changement d’échelle, celui de l’exagération présente dans les paraboles. Une dette de 10 000 talents est juste démesurée et irremboursable. Et pourtant, le roi lui remet sa dette, lui pardonne. Même si nous accumulons une dette aussi gigantesque, nous pouvons toujours recevoir le pardon de Dieu. Quelle Bonne Nouvelle ! Mais le chemin de ce pardon passe aussi par un chemin de prise de conscience du mal que nous avons fait, et de ses conséquences dans ma vie et celles de la personne. C’est un chemin souvent délicat et douloureux, en particulier si le mal que nous avons fait concerne des proches, et les conséquences importantes. Heureusement, nous pouvons compter sur l’amour, la compassion de Dieu pour nous soutenir dans ce chemin. Il a lui-même brisé le cycle de violence, en envoyant son Fils unique parmi nous. Et il nous appelle, à la suite du Christ, à briser les cycles de violence et de péchés.
La première étape est de laisser reposer sur moi le don d’amour que le Seigneur me fait, y compris si je ne m’en sens plus digne. C’est habité par cet amour, que je vais commencer à pouvoir regarder en vérité mes péchés, leur gravité et leurs conséquences. Demander pardon au Seigneur, par exemple, par le sacrement de réconciliation, demander pardon à la personne que j’ai meurtrie, chercher à réparer les conséquences, changer pour ne pas recommencer. Tout est lié !
Le pardon ouvre des portes quand tout semble bloqué et nous fait, à la fois, vivre la miséricorde infinie de Dieu et maintenir son exigence de justice.
Aude Corvaisier-Riche, déléguée pastorale